Alain Finkielkraut : le philosophe des délaissés, ces Français de souche…


Alors que la France est de plus en plus en proie à une crise identitaire, face à la montée de l’immigration, de la délinquance et aux incertitudes d’un pays qui tend à renier son passé et son histoire au profit d’un égalitarisme social nivelé par les concepts bien-pensants de la tolérance et de la richesse des diversités multiculturelles, Alain Finkielkraut, le philosophe des délaissés, ces Français de souche, est reçu à l’Académie française.

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A quoi peut bien penser Alain Finkielkraut, ce professeur de philosophie à l’Ecole Polytechnique durant un quart de siècle, au moment d’être reçu à l’Académie française ? A cet enfant, né à Paris en 1949, fils unique d’un maroquinier, naturalisé à un an et qui, à l’école, préféra longtemps utiliser le diminutif de son nom « Alain Fink » pour éviter les moqueries ? Aux combats menés pour l’expression d’une pensée libre, rétive aux engagements ou aux étiquettes, au long d’un parcours qui l’emmena de l’extrême gauche estudiantine à des attachements « droitiers » réprouvés par cette gauche morale qui n’en finit plus de le déclarer infréquentable ?

Pourtant, Finkielkraut a refusé de céder à l’extrême droite le terrain de la nostalgie. Plus grave encore : il a laissé entendre que la hausse de l’immigration musulmane accompagnait le recul d’une certaine forme de civilisation. L’« esprit Canal » s’est jeté sur lui comme les loups sur un agneau. Soudain un respectable professeur Gallimard qui avait son rond de serviette chez Lipp est devenu Mandarin le Maudit pour tous les ricaneurs qui zappent, blaguent, haussent les épaules et mettent sur le même plan Lully et Doc Gyneco, le hip-hop et « Le lac des cygnes », Christine Angot et la marquise de Sévigné. Pire encore : le nihilisme a failli ne faire de lui qu’une bouchée quand, pour arranger son cas, Finkielkraut a ironisé sur l’équipe de France de foot plus « black-black-black » que black-blanc-beur.

Dans un pays où la lutte contre les discriminations est devenue l’alpha et l’oméga de la pensée, il est passé à un ongle du carton rouge. Seulement voilà : tel il est, tel il reste. S’éloignant des analyses sportives auxquelles il ne comprend visiblement pas grand-chose, il est revenu à son sujet, l’a creusé et a enchaîné les livres sur l’identité française. Avec tant de style, d’intelligence et, surtout, de courage qu’il est aujourd’hui devenu « immortel », au terme d’une bataille sous la Coupole. Intellectuel juif, fils d’un survivant d’Auschwitz, il s’est fait traiter de « maurrassien », du nom de Charles Maurras, éloigné du Quai Conti en 1945. Mais la polémique n’a pas duré et Alain Finkielkraut siège désormais au fauteuil de Félicien Marceau, dont l’entrée à l’Institut avait également provoqué un scandale. Déjà pour « maurrassisme » supposé.

Il y a, sous la Coupole, une petite dizaine de personnalités qui ont fait leur cette phrase terrible de Georges Bernanos : « Quand je n’aurai plus qu’une paire de fesses pour penser, j’irai l’asseoir à l’Académie française. » Ce sont tous ces porte-drapeaux autoproclamés de la bien-pensance qui ont barré d’une croix noire leur bulletin de vote, alors que la majorité des immortels choisissait d’accueillir parmi eux le philosophe Alain Finkielkraut avec 16 voix sur 28.

L’auteur de la Défaite de la pensée ne laisse personne indifférent, par ses écrits, par ses prises de position médiatiques, et surtout par un attachement formidable à la France et à ses valeurs. Lui, le juif d’origine polonaise, pur produit de la méritocratie française, professeur à Berkeley puis à Polytechnique, ne reconnaît plus notre pays tel qu’il était il y a cinquante ans. Il ne fait que dire cela. Et il l’a à nouveau magnifiquement écrit à l’automne dernier dans un ouvrage qui a suscité la polémique : l’Identité malheureuse.

Jean d’Ormesson, qui s’est beaucoup battu pour qu’Alain Finkielkraut puisse entrer Quai de Conti, a écrit dans Au plaisir de Dieu que « la tradition est un progrès qui a réussi ». L’Académie française est un lieu ô combien traditionnel, mais qui se retrouve parfaitement, avec ses quatre siècles d’existence, dans cette jolie formule. C’est un progrès qui a réussi en s’ouvrant successivement aux femmes, aux étrangers, formidables défenseurs de la francophonie, et maintenant à un philosophe français “de sang mêlé” qui, en osant prendre la défense des “Français de souche”, représente davantage l’opinion majoritaire dans le pays que ces quelques habitués du Café de Flore, auteurs, à son encontre, d’une cabale insupportable.

Non, Alain Finkielkraut ne fait pas rentrer « le Front national sous la Coupole » comme ses détracteurs ont pu le déclarer avant de gribouiller des croix noires contre celui dont la famille avait autrefois connu les étoiles jaunes. Il y fait rentrer un attachement impressionnant aux valeurs d’une France qui est en train de disparaître et que l’Académie a pour mission de perpétuer autant que de défendre. Il ne cesse de s’inquiéter d’une école de la République incapable d’enseigner la lecture, en passe de sombrer sous le coup d’un absurde pédagogisme et qui refuse les différences, notamment les signes religieux. Alain Finkielkraut est certainement celui qui a le mieux montré la bêtise des mesures issues de la commission Stasi, privant les gamins de leur kippa ou de leur médaille de baptême, sous prétexte que cela pouvait offenser certains de leurs camarades de classe, voire même fausser leur discernement.

Maintenant, c’est vrai, il s’inquiète haut et fort d’un islam qui se fait trop présent et devant lequel toutes les institutions françaises s’inclinent avec une facilité déconcertante. Et lorsqu’il ressasse l’exemple de Villers-Cotterêts, où la maison du maître d’école a été remplacée par une mosquée et la charcuterie par une boucherie halal, il ne fait que pointer du doigt ce que d’autres appellent « le grand remplacement ». Son but n’est pas d’appeler à une fermeture des frontières, mais d’être l’une des dernières sentinelles de cette France que nous aimons tous, forgée par mille ans d’histoire, décrite par Victor Hugo, chantée par Péguy et défendue par Clemenceau, cette France dont les repères, sacrifiés par l’angélisme béat de certaines élites à l’égard du multiculturalisme, sont en train de disparaître.

C’est cette “trahison des clercs”, à laquelle nous assistons lorsque Manuel Valls déclare que « l’islam est compatible avec la démocratie », qui crée un véritable désarroi identitaire. Bien sûr, vient s’ajouter à cela une crise économique qui affecte bon nombre de Français dans leur vie quotidienne. Mais tous ceux qui s’obstinent à comparer la situation actuelle avec celle des années trente, aveuglés par la seule montée du populisme, n’ont pas compris à quel point, aujourd’hui, les malheurs de la France se résument d’abord à cette incroyable crise d’identité. À ce que des millions et des millions de Français de souche ou qui ont été assimilés ne reconnaissent plus le pays dans lequel ils ont grandi. Le premier ministre ferait bien, tant que sa popularité est au zénith, de relire les livres d’Alain Finkielkraut, lui qui, comme ministre de l’Intérieur, a participé plus que d’autres à l’émergence de ce désarroi identitaire. Comment s’étonner, pourtant, que ce sentiment s’accroisse encore cette semaine pour nos frères juifs qui fêtent leur pâque (Pessah) et pour les catholiques qui vont célébrer la résurrection du Christ. Sans un voeu des autorités républicaines pourtant si promptes à accompagner l’ouverture du ramadan et l’Aïd el-Kébir !

SOURCES :

http://www.valeursactuelles.com/france-d%C3%A9sarroi-identitaire

http://www.parismatch.com/Culture/Livres/Alain-Finkielkraut-l-epee-dans-le-plat-560537

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